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Samedi 29 mars 2008

Il est une phrase que j’ai lu, il y a longtemps dans un ouvrage pour la jeunesse, qui m’est restée comme un repère important favorisant au fil des ans mon attachement à l’instant et aux rencontres que provoquent le temps et ce que d’autres appelleront le hasard. Cette phrase dit : « Nous méritons toutes nos rencontres, il nous appartient juste d’en découvrir le sens… ». Certainement que cette phrase existe ailleurs avec quelques modifications, mais si le fond est le même le plus important est fait.


Aussi, en cette période printannière qui annonce doucement l'été mérité, je souhaite vous livrer la petite histoire d’une de ces rencontres, que l’on fait au détour des chemins que le temps nous offre à parcourir et qui méritent que l‘on prenne le temps et la peine d‘en parler.


Il est vrai que la période « dite » des vacances est plus propice à ces rencontres, comme si la vie prenait soudainement une autre configuration et que nous nous trouvions subitement capables de nous ouvrir aux forces de l’inconnu, de prendre ce temps, si cher et si rare, qui constitue « pourtant » notre vie. Que nous soyons alors, dans ce temps, prêt à accepter les risques des transformations que l’inconnu ne manque pas de provoquer. (Les vacances, un autre espace temps, une 4ème dimension temporelle, la réalité du temps de l‘homme ????)

Il serait bon de nous interroger, individuellement, sur notre état d’authenticité dans ces temps majoritaires sur le reste de l’année qui constituent le quotidien de notre vie, ces temps « dits » de travail… Y sommes-nous vraiment nous-mêmes ? (Voilà un sujet qu’il serait intéressant de traiter. Un jour, peut-être !)


Ainsi, en ce jour d'été, mes pas me portent vers

un inconnu, attiré par un panneau routier sur la D780 indiquant l’Île de Tascon sur le Golfe du Morbihan au niveau de Saint-Armel, en presqu’île de Rhuys . La route sinueuse me conduit de virage en virage jusqu’à l’eau, où elle s’arrête brusquement, on la devine cependant qui continue sous l‘eau, là, comme un pont sous-marin, conduisant jusqu’à l’île.



 

Une digue part sur la droite séparant les eaux du Golfe des anciens marais salants aujourd’hui réserve ornithologique. Chaque mètre parcouru sur cette digue laisse dans l’esprit comme le souvenir d’un combat titanesque contre les forces de l’océan contenu dans cette mer intérieure qu’est le Golfe du Morbihan.



 

Et là au milieu des marais en friche naturelle, là comme un retour dans un passé lointain disparu pour raisons économiques, pour cause de progrès, d’état d’esprit, d‘abandon des hommes, de travail trop dur ?, trop ingrat ? Par effet de mode peut être ? ...



 

Là donc, au milieu du bleu de l’eau et du vert des plantes de marais, des petites taches blanches, là, des petits tas tout blanc bien alignés comme un retour dans le temps, dans un passé lointain et pourtant
si proche, un marais salant en activité, comme pour nous  rappeler que cette mer intérieure que constitue le Golfe, à depuis les temps les plus anciens comporté une activité humaine attachée, entre autre, à la production de cet « or blanc » que constituait le sel.



 

Le temps de faire le tour du marais par les digues pour trouver le chemin d’accès aux bassins et là, commence la rencontre avec un homme que je n’aurais pas l’occasion de rencontrer physiquement et pourtant, il est présent à chaque pas que je fais sur son chemin, sur ses digues, sur les bords de son marais : le paludier. A chaque pas il me parle, me raconte la nature, sa nature, cadre de son travail, la vie merveilleuse qui s’y cache, le nom des plantes anciennement connues pour leurs facultés, aujourd’hui bien abandonnées. Il vente les mérites de ce mystère de l’eau du vent et du soleil, de l’ingéniosité des hommes d’un autre temps quant à la conception d’un marais salant.



Sous la forme d’ardoises écrites en blanc, placées à intervalles irréguliers, mais stratégiques, il attire notre attention sur le parcours nous faisant nous arrêter sur des détails de la vie que nos yeux n‘auraient pas vu.





Puis, il nous prend à partie, devinant nos questions, il nous donne les réponses, oui, il gagne correctement sa vie, oui le travail est dur mais en contact avec la nature et c’est pour cela qu’il l’aime.


 

 

 

 

Et l’hiver, il fait quoi le paludier ?
Et bien,il entretien tout le réseau de son marais, structure complexe de bassins et de diguettes, il dévase, il cure, il rebâti, de quoi s’occuper tout l’hiver.





Son marais en état, commencera alors 

 

le long parcours de l’eau jusqu’aux œillets, bassins finaux où se cristallisera le sel. Plusieurs mois d’un parcours surveillé, où l’on ouvre de petites vannes, où l’on en ferme d’autres, et pendant ce temps la densité de sel au litre d’eau augmente jusqu’à atteindre les 300grs par litre, alors le miracle de la cristallisation s’opère et sur la surface de l’eau, la fleur de sel naît, du soleil et du vent,durant les mois de juillet et août!


Au paludier de la cueillir avec délicatesse et tendresse comme l’on cueille les roses de son jardin.

               


 

La production de sel par œillet
(bassin final) est variable de 25 à 40 kilos par jour. La récolte ne dure que 2 à 3 mois seulement, juillet et août, parfois septembre. Elle est ralentie, voir nulle si il pleut. Un marais salant comprend en moyenne 20 œillets (pour un seul paludier) soit une récolte quotidienne d’environ 300 Kg et une production annuelle variant de 30 à 50 tonnes.



Au fil des pas s'exprime la fierté de l’homme

dans son travail, l’honneur qu’il met à respecter et à comprendre la nature. Alors, fier de sa vie, notre paludier se prend à philosopher, non avec pédanterie et orgueil, mais avec amour de la vie et justesse. Vous savez de cette philosophie simple et fraîche des gens proches de la nature, de ceux que les mondains des villes et les incultes urbains dénigrent en l’appelant paysanne, « vous savez les cuts… ! »…



 

Ainsi, au fil des ardoises, comme autant de cailloux du petit Poucet, nous arrivons au terme de notre visite, il est temps de prendre congé de notre hôte, non sans, avant, partager sel et marquer par ce geste l’universalité de cette richesse qui unit les hommes à travers le temps et l'espace.


Merci Monsieur le paludier de Saint-Armel pour cette remarquable promenade et pour ce temps offert en dehors du temps. Que la récolte soit bonne et le ciel clément pour votre ouvrage.

Amis amoureux de la nature, n'hésitez pas si vous passez par Saint-Armel, faites le détour, et qui sait au détour du chemin peut être rencontrerez vous notre ami paludier.


Jean-Fred

 


Par decouverte-bretagne
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